Mann sitzt verzweifelt über Papierflut am ArbeitsplatzLes études sur le stress professionnel démontrent qu’il faut la conjonction de deux facteurs pour générer une situation de stress : une pression externe (sous la forme par exemple d’un objectif de résultat donné par un manager à un salarié dans un délai imparti) et le ressenti de la part de ce salarié de son incapacité à remplir l’objectif assigné. Dès lors, celui-ci va perdre ses moyens d’action en se focalisant sur l’objectif au détriment d’une réflexion stratégique de réponse. Il ne pense plus qu’au résultat inatteignable à ses yeux et oublie de se focaliser sur les moyens à mobiliser pour l’atteindre. C’est cette incapacité à s’adapter, et non seulement la pression externe, qui est fortement génératrice de stress.

Sur un plan physiologique, le stress se traduit par une cascade d’événements biologiques impliquant la sécrétion de deux hormones : l’adrénaline et le cortisol. Le système de réponse au stress est nommé l’axe hypothalamo-pituito-surrénalien (ou l’acronyme HPS). Lorsqu’un agent stressant est identifié, l’hypothalamus envoie des messagers chimiques à la glande pituitaire. De là, un second messager chimique est envoyé par la circulation sanguine aux glandes surrénales situées juste au-dessus des reins qui vont déclencher la sécrétion de cortisol. Cette libération de cortisol va alors provoquer l’augmentation de la glycémie par le biais de la néoglucogenèse, ainsi que l’inhibition de certaines réponses du système immunitaire. L’augmentation du glucose sanguin permet alors de libérer de l’énergie à partir des réserves de l’organisme et ainsi faire face à la situation de stress.

Le stress est un concept très variable. Il peut être très intense et de très courte durée en réaction à un danger immédiat (exemple vous devez piler derrière une voiture qui freine brutalement). Dans le cadre professionnel en revanche, il ne dure malheureusement rarement que quelques minutes ! L’addition et la répétition de situations qui échappent à notre contrôle font que le stress devient alors chronique avec l’apparition des symptômes bien connus de fatigue, d’usure, d’épuisement et sur le plan biologique avec un taux chroniquement élevé de cortisol dans le sang. Au-delà de la libération d’adrénaline lors de la crise aiguë, le stress chronique affecte le système à plusieurs égards. À long terme, il accentue les dommages oxydatifs (radicaux libres) partout dans l’organisme et accélère le vieillissement. Il puise dans les réserves de minéraux et d’autres éléments nutritifs essentiels jusqu’à occasionner des carences qui nuisent au bon fonctionnement du corps.

On entend très souvent parler du bon stress et du mauvais stress. Sur un plan scientifique, l’expression est impropre et il serait plus juste de parler de différents niveaux de stress, en particulier de sur-stress dans les cas des personnes se laissant trop envahir par leurs émotions. Le stress peut être salutaire en ce sens qu’il actionne des processus d’attention et d’action face à une problématique à régler ou un défi à relever. Dans certains cas extrêmes, il relève de la survie et /ou de la défense en focalisant notre énergie sur la menace ou le danger à combattre à un instant T. Il devient en revanche nocif quand il est trop élevé durablement.

Comme l’ont très bien analysé les psychologues Yerkes et Dodson il y a plus de 100 ans, un niveau insuffisant de stress entraîne l’ennui et l’apathie, alors qu’un niveau trop élevé sera synonyme de fatigue, d’épuisement (burn-out) et de désorganisation jusqu’à nous faire perdre totalement pied. Tout est ainsi une question de mesure avec le stress, ni trop, ni trop peu !

courbe de Yerkes


Les maladies reliées au stress peuvent affecter plusieurs systèmes
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  • Peau : eczéma, urticaire, vieillissement
  • Cardiovasculaire : 1er facteur de risque des maladies cardiaques, hypertension
  • Pulmonaire : asthme; hyperventilation
  • Cognitif : troubles de mémoire et de concentration
  • Psychique : anxiété, dépression, sautes d’humeur, troubles du sommeil
  • Neurologique : maux de tête
  • Immunitaire : sensibilité accrue aux infections
  • Digestif : ulcères, intestin irritable, etc.

 

Businessman tied with rope

La peur, qui est autant une réaction subjective qu’un outil d’adaptation, agit selon un circuit cérébral relativement bien connu des chercheurs en neurosciences. Avant même d’être excessive ou pathologique, rappelons que la peur est un état physiologique naturel, un signal d’alarme contre tout danger, menace ou conflit (réels ou imaginaires) destiné à enclencher une réponse adaptative.

La peur, l’anxiété, le stress et l’addiction sont des comportements qui trouvent leur origine dans le système limbique, une partie du cerveau comprenant l’amygdale, le cortex entorhinal et l’hippocampe. L’amygdale cérébrale, qui se situe précisément dans le lobe temporal dans la région antérieure de l’hippocampe avec lequel elle a de fortes connections, a récemment été identifiée comme la région clé dans la régulation de nos émotions et la mémoire émotionnelle. L’amygdale reçoit en continu une grande diversité d’inputs sensoriels, qu’ils soient auditifs, visuels, olfactifs ou sensoriels. Lorsque ces informations sont analysées comme dangereuses pour l’organisme (ou peut-être plus généralement comme pertinentes), elles vont donner lieu à l’activation de voies de sortie en direction de l’hypothalamus et du tronc cérébral. Ces voies sont idéalement appropriées pour générer des réponses du système endocrinien, du système nerveux autonome et des voies somatomotrices associées aux émotions. L’amygdale donne la dimension émotionnelle des expériences sensorielles pertinentes pour l’organisme. Les régions impliquées dans le système de la peur sont pourvues de capacités innées ou génétiquement programmées, durablement enrichies par l’apprentissage des nouveaux dangers expérimentés au fil de l’existence.

 

Businessman and questionsSi le travail en soi ne rend pas dépressif, tant il apparaît fondamentalement structurant pour l’individu, des conditions particulièrement difficiles sur le lieu de travail (harcèlement, activité stressante, incohérence des objectifs, incertitude, etc.) peuvent renforcer le risque de l’apparition d’un épisode dépressif en jouant un rôle de facteur déclenchant.

La personne concernée se sent de plus en plus débordée, devient improductive et perd progressivement son estime de soi, notamment dans le cas d’un harcèlement qui amène un fort sentiment de dévalorisation personnelle. Se rendre au travail devient alors de plus en plus difficile, la concentration et l’attention sont en chute libre, la fatigue s’accumule, la dépression s’installe peu à peu et aller travailler finit par devenir insurmontable. Le collaborateur se sent si mal qu’il préfère se terrer chez lui, il perd pied. Dans le meilleur des cas, son médecin lui prescrit un arrêt maladie et lance une action thérapeutique. Dans le pire des cas, le mal-être du collaborateur n’est pas décelé et traité suffisamment à temps et se produit alors un événement dramatique.

Les neurosciences ont récemment découvert que le cerveau ressentait la douleur sociale (l’ostracisme, le rejet, l’incertitude) de la même manière qu’une douleur physique. Ainsi, un collaborateur placardisé subit une stimulation des régions neurales de la partie dorsale de son cortex cingulaire antérieur, qui est aussi le siège de la souffrance corporelle ! En réaction, le cerveau biologique répond à ces stimulis douloureux par le fameux « Fight, flight or freeze » (combat, fuite ou paralysie), synonyme de dysfonctionnements graves au sein de l’entreprise.

 

Clear The ConfusionLa souffrance au travail, reformulée en « risques psychosociaux », est devenue en quelques années un sujet d’inquiétude majeur après les nombreux cas de suicides intervenus dans de très emblématiques entreprises françaises. Les progrès impressionnants des neurosciences dans la connaissance du cerveau au cours des quinze dernières années modifient la donne pour ce qui concerne la réponse managériale apportée à ces problématiques. Le « neuromanagement », fusion des neurosciences et du management, s’impose chaque jour davantage en raison de sa plus-value concrète et de son efficacité. Grâce à la connaissance, les dirigeants éclairés peuvent reconnaître et gérer les situations les plus explosives pour le cerveau des individus, en sachant mieux décrypter les comportements, gérer les phases de changement et maîtriser le stress.